Traitement de l’arthrose du genou : soulager la douleur durablement

L’arthrose du genou — ou gonarthrose — touche environ 10 millions de Français. C’est la forme d’arthrose la plus fréquente, et pourtant les patients restent souvent perdus face à la multitude d’options disponibles. Médicaments, rééducation, infiltrations, chirurgie : le spectre des soins va du simple cachet anti-douleur au remplacement total de l’articulation. Savoir quoi choisir, et dans quel ordre, change radicalement la trajectoire de la maladie.

La gonarthrose ne se guérit pas à proprement parler — le cartilage détruit ne repousse pas. L’objectif thérapeutique est donc double : réduire la douleur et freiner la progression. Voici comment l’approche se structure en pratique, du moins invasif au plus radical.

Les traitements non chirurgicaux : la première ligne de défense

Médicaments et infiltrations

Le paracétamol reste le point de départ, prescrit en première intention pour les douleurs légères à modérées. Quand il ne suffit plus, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) — ibuprofène, kétoprofène — prennent le relais, mais avec des précautions chez les plus de 65 ans ou les personnes souffrant de pathologies rénales ou cardiovasculaires.

Les infiltrations de corticoïdes constituent une étape suivante logique. Une injection directement dans l’articulation soulage rapidement l’inflammation, parfois pour plusieurs mois. Leur fréquence est limitée à 3 ou 4 par an maximum pour éviter de fragiliser davantage le cartilage restant.

💡 Notre conseil

L’acide hyaluronique en injection (viscosupplémentation) est une alternative aux corticoïdes pour les patients qui ne souhaitent pas de traitement anti-inflammatoire systémique. L’effet est moins rapide mais peut durer 6 à 12 mois. Demandez à votre rhumatologue si votre stade d’arthrose y est éligible.

Les traitements symptomatiques d’action lente (AASAL) — glucosamine, chondroïtine, diacerhéine — font débat. La Haute Autorité de Santé (HAS) a déremboursé plusieurs d’entre eux en 2024, estimant que le service médical rendu était insuffisant. Leur usage reste possible, mais il vaut mieux en discuter avec son médecin plutôt que de les acheter sans prescription.

  • Paracétamol : 1ère intention, jusqu’à 3 g/jour chez l’adulte sain
  • AINS : efficaces mais à prendre sur courte durée
  • Corticoïdes en infiltration : action rapide, fréquence limitée
  • Acide hyaluronique : effet retardé, durée plus longue
  • Opioïdes faibles (tramadol) : réservés aux douleurs résistantes, en dernier recours non chirurgical

Kinésithérapie, activité physique et perte de poids

C’est probablement le volet le plus sous-estimé. Pourtant, la rééducation par un kinésithérapeute renforce les muscles quadriceps et ischio-jambiers, ce qui décharge mécaniquement l’articulation. Une méta-analyse publiée dans The Lancet (2021) montre qu’un programme d’exercices ciblés réduit la douleur de façon comparable aux AINS sur 12 semaines.

– 50 %

de réduction de la douleur observée avec une perte de 5 kg chez les patients en surpoids (source : Arthritis Care & Research)

La perte de poids est l’action thérapeutique la plus rentable pour un patient en surpoids. Chaque kilo perdu enlève environ 4 kg de pression sur le genou à la marche. Perdre 5 kg, c’est donc soustraire 20 kg de contrainte à chaque pas — les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Les activités recommandées pour préserver l’articulation sans l’agresser :

  • Natation et aquagym
  • Vélo (en selle haute pour limiter la flexion)
  • Marche nordique avec bâtons
  • Tai-chi (efficacité validée pour la douleur et l’équilibre)

✅ À retenir

Les mesures non médicamenteuses — sport adapté, kiné, perte de poids — doivent être mises en place dès le diagnostic, et non après l’échec des médicaments. C’est l’ensemble de ces actions combinées qui ralentit réellement la progression de la maladie.

Quand envisager la chirurgie ?

Les options chirurgicales selon le stade

La chirurgie s’envisage lorsque les traitements conservateurs ont été correctement conduits pendant au moins 6 mois sans résultat satisfaisant, et que la gêne fonctionnelle devient majeure. Trois interventions principales existent, avec des indications bien différentes.

1
L’arthroscopie
Lavage articulaire, retrait de fragments cartilagineux ou de ménisque. Indiquée principalement en cas de corps étrangers ou de méniscopathie associée. Son intérêt pur dans la gonarthrose est aujourd’hui remis en question par plusieurs études.
2
L’ostéotomie tibiale de valgisation
Réservée aux patients jeunes (moins de 60 ans) souffrant d’une arthrose interne avec genu varum (jambes arquées). Le chirurgien corrige l’axe de la jambe pour reporter les contraintes sur le compartiment sain.
3
La prothèse totale de genou (PTG)
L’option définitive pour les arthroses sévères. Environ 100 000 PTG sont posées chaque année en France. Le taux de satisfaction à 10 ans dépasse 85 %, mais la récupération demande 3 à 6 mois de rééducation intensive.

Les pistes émergentes : PRP et thérapies cellulaires

Le plasma riche en plaquettes (PRP) suscite beaucoup d’attentes. L’idée : injecter des facteurs de croissance concentrés directement dans le genou pour stimuler la régénération tissulaire. Les études sont prometteuses pour les stades modérés, mais les données manquent encore pour le recommander en routine. Ce n’est pas remboursé par l’Assurance maladie (coût : 150 à 400 € par injection).

« Les thérapies cellulaires et les biothérapies représentent la prochaine révolution dans la prise en charge de la gonarthrose, mais elles n’ont pas encore leur place en dehors des protocoles de recherche. »

— Société Française de Rhumatologie, recommandations 2023

Les cellules souches mésenchymateuses font aussi l’objet d’essais cliniques en France et en Europe. L’objectif à terme : reconstruire partiellement le cartilage détruit. On n’y est pas encore, mais les résultats préliminaires sur les arthroses de stade 2 et 3 sont encourageants.

⚠️ À garder en tête

Méfiez-vous des offres de « traitement par cellules souches » facturées plusieurs milliers d’euros dans des cliniques à l’étranger. En dehors d’un protocole clinique encadré, ces pratiques ne sont pas validées et peuvent présenter des risques sérieux. Consultez un rhumatologue ou un chirurgien orthopédique avant toute démarche.

Pour approfondir la compréhension des douleurs articulaires et savoir quand consulter en urgence, notre article sur les douleurs au genou : causes et prise en charge complète utilement cette approche thérapeutique.

Questions fréquentes

Peut-on guérir définitivement de l’arthrose du genou ?

Non, l’arthrose du genou est une maladie chronique et irréversible : le cartilage détruit ne se reconstitue pas naturellement. Les traitements disponibles visent à soulager la douleur, maintenir la mobilité et ralentir la progression. La prothèse totale de genou remplace l’articulation usée mais ne « guérit » pas la maladie à proprement parler.

À quel stade d’arthrose du genou opère-t-on ?

La chirurgie (prothèse totale de genou) est généralement proposée au stade 3 ou 4 selon la classification de Kellgren-Lawrence, c’est-à-dire lorsque le pincement articulaire est sévère et que les traitements conservateurs bien conduits (médicaments, kiné, infiltrations) n’apportent plus de soulagement suffisant après 6 mois au minimum.

Les infiltrations de corticoïdes sont-elles dangereuses pour le genou ?

Pratiquées avec une fréquence raisonnée (maximum 3 à 4 par an), les infiltrations de corticoïdes sont sûres et très efficaces. En revanche, des injections trop répétées peuvent accélérer la dégradation du cartilage résiduel et fragiliser les tendons autour du genou. Elles doivent rester un outil parmi d’autres, pas une solution unique.

Le sport aggrave-t-il l’arthrose du genou ?

Pas si l’activité est adaptée. Les sports à fort impact (course sur bitume, football, ski alpin) peuvent effectivement aggraver les douleurs et l’usure articulaire. En revanche, la natation, le vélo, l’aquagym ou la marche nordique entretiennent le cartilage, renforcent les muscles stabilisateurs et réduisent la douleur à long terme. L’immobilité, elle, accélère la dégradation.

Le PRP (plasma riche en plaquettes) est-il remboursé pour l’arthrose du genou ?

Non. En France, les injections de PRP ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie pour l’arthrose du genou, car les preuves scientifiques restent insuffisantes pour une recommandation en routine. Le coût varie entre 150 et 400 € par séance selon le centre. Cette option peut être discutée avec un rhumatologue pour les stades modérés d’arthrose.