Un genou qui craque au lever du lit, une douleur sourde après une marche de 20 minutes, une raideur qui s’installe progressivement : ce tableau clinique, des millions de Français le connaissent. La gonarthrose — arthrose du genou — touche environ 65 % des personnes de plus de 65 ans à des degrés divers. Pourtant, cette pathologie reste souvent mal comprise, parfois confondue avec une simple fatigue articulaire.
Décrypter la mécanique de cette maladie, ses facteurs déclenchants et ses options de prise en charge permet de mieux vivre avec — voire de ralentir son évolution. Voici ce que vous devez savoir.
Qu’est-ce que la gonarthrose ?
Une dégradation progressive du cartilage
L’arthrose du genou est une maladie dégénérative de l’articulation. Le genou est l’une des articulations les plus sollicitées du corps humain : à chaque pas, il absorbe des forces équivalentes à trois ou quatre fois le poids du corps. Le cartilage qui recouvre les extrémités osseuses — fémur, tibia, rotule — joue le rôle d’amortisseur. Avec la gonarthrose, ce cartilage s’amincit, se fissure, puis s’efface progressivement.
Quand le cartilage disparaît, l’os frotte contre l’os. L’articulation réagit en produisant des ostéophytes (becs osseux) et parfois un épanchement liquidien visible à l’œil nu. Ce n’est pas un vieillissement normal : c’est une pathologie à part entière, avec des mécanismes inflammatoires bien documentés.
Gonarthrose interne ou externe ?
Le genou se divise en plusieurs compartiments. La gonarthrose peut toucher le compartiment interne (entre fémur et tibia côté médial), le compartiment externe, ou le compartiment fémoro-patellaire (entre rotule et fémur). Dans la plupart des cas, c’est le compartiment interne qui souffre en premier, ce qui explique la déformation en varus — le fameux genou « en parenthèse » — observée chez de nombreux patients âgés.
« La gonarthrose représente la localisation arthrosique la plus fréquente après celle du rachis. Elle concerne plus de 3 millions de personnes en France. »
— Société Française de Rhumatologie
⚠️ Les facteurs de risque à connaître
Tout le monde ne développe pas une gonarthrose au même rythme. Plusieurs facteurs accélèrent la dégradation du cartilage du genou.
- L’âge : avant 45 ans, les cas restent rares. Après 60 ans, la prévalence monte en flèche.
- Le surpoids : chaque kilo supplémentaire ajoute 3 à 4 kg de pression sur le genou à chaque pas. Un IMC élevé multiplie le risque par trois ou quatre.
- Les antécédents traumatiques : une rupture du ligament croisé antérieur ou une lésion méniscale augmente fortement le risque de gonarthrose dans les 10 à 15 ans suivants.
- Les facteurs génétiques : la maladie est héréditaire dans une part significative des cas.
- Certaines activités professionnelles : les métiers impliquant de longues positions à genoux (carreleurs, plombiers) sont surreprésentés.
- Le sport à haut impact : les sports pratiqués de façon intensive avec des contraintes en torsion répétées sur le genou (football, ski) multiplient les micro-traumatismes.
⚠️ À garder en tête
Le surpoids est le facteur de risque modifiable le plus puissant. Perdre 5 kg réduit significativement les douleurs au genou et ralentit la progression de la gonarthrose. C’est souvent plus efficace à court terme que certains médicaments.
Symptômes et diagnostic de l’arthrose du genou
Les symptômes de la gonarthrose s’installent rarement du jour au lendemain. La douleur mécanique est la signature de cette pathologie : elle apparaît à l’effort, s’atténue au repos, puis revient. Avec le temps, les douleurs peuvent devenir nocturnes.
Parmi les signes caractéristiques :
- Douleur à la face interne ou antérieure du genou
- Raideur matinale de moins de 30 minutes (au-delà, évoquer une polyarthrite)
- Gonflement et chaleur locale lors des poussées inflammatoires
- Craquements audibles à la flexion
- Diminution progressive de l’amplitude articulaire
Le diagnostic repose sur l’examen clinique et la radiographie standard en charge. Sur le cliché, le médecin évalue le pincement de l’interligne articulaire, la présence d’ostéophytes et l’état de l’os sous-chondral. L’IRM n’est pas systématique, sauf cas complexes ou doute diagnostique. Une analyse de sang ou une ponction peuvent être demandées pour éliminer une autre cause (arthrite septique, goutte).
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Seuil de raideur matinale au-delà duquel on oriente vers une autre pathologie que la gonarthrose
Les traitements disponibles
Il n’existe pas de traitement curatif de la gonarthrose — le cartilage détruit ne se régénère pas spontanément. L’objectif est de réduire les douleurs, maintenir la mobilité et ralentir l’évolution. Plusieurs approches se combinent selon la sévérité de la maladie.
| 🩺 Traitement conservateur | 🔧 Traitement invasif |
|---|---|
| Kinésithérapie, renforcement musculaire du quadriceps, perte de poids, antalgiques, AINS, infiltrations de corticoïdes ou d’acide hyaluronique | Ostéotomie tibiale (correction de l’axe), prothèse unicompartimentale, prothèse totale du genou (PTG) en cas de gonarthrose avancée |
La kinésithérapie tient une place centrale : renforcer le quadriceps réduit la charge sur l’articulation et améliore la stabilité. Des études montrent qu’un programme de 8 semaines permet une réduction des douleurs de 30 à 40 % chez les patients motivés. Les infiltrations d’acide hyaluronique — souvent appelées viscosupplémentation — donnent des résultats variables mais peuvent apporter un soulagement de 3 à 6 mois dans les gonarthroses légères à modérées.
💡 Notre conseil
Avant d’envisager la chirurgie, essayez au moins 6 mois de traitement conservateur bien conduit : kinésithérapie active, adaptation du poids, port de semelles orthopédiques si nécessaire. La prothèse totale du genou est une excellente solution — mais elle se réserve aux cas où la qualité de vie est vraiment altérée.
Vivre avec une gonarthrose : adapter son quotidien
Le diagnostic de gonarthrose ne signe pas la fin de toute activité physique. Au contraire. La sédentarité aggrave la maladie en fragilisant la musculature péri-articulaire. L’enjeu est de choisir les bons mouvements.
- Sports recommandés : natation, vélo (selle haute), marche nordique, aquagym — toutes les activités qui travaillent le genou sans impact vertical brutal.
- À limiter : la course à pied sur bitume, les sports pivot-contact, les escaliers répétitifs en charge lourde.
- Aides techniques : une canne côté controlatéral permet une réduction de 20 à 25 % de la charge sur le genou atteint. Simple, efficace.
✅ À retenir
La gonarthrose n’est pas une fatalité immobile. Bouger intelligemment, contrôler son poids et renforcer les muscles autour du genou restent les leviers les plus puissants pour préserver la qualité de vie — bien avant de passer sur la table d’opération.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre arthrose du genou et arthrite du genou ?
La gonarthrose est une maladie dégénérative liée à l’usure du cartilage, sans cause infectieuse ou auto-immune. L’arthrite du genou désigne une inflammation articulaire d’origine diverse : infection bactérienne, polyarthrite rhumatoïde, goutte. Cliniquement, l’arthrite donne une raideur matinale prolongée (plus de 30 minutes), des douleurs nocturnes intenses et souvent de la fièvre — des signes absents dans la gonarthrose classique.
À quel âge développe-t-on une arthrose du genou ?
La gonarthrose apparaît rarement avant 45 ans. La prévalence augmente nettement après 60 ans et devient très fréquente après 75 ans. Des cas précoces (avant 40 ans) existent mais sont généralement liés à un traumatisme antérieur du genou, une malformation axiale ou des facteurs génétiques. Le surpoids peut également déclencher une gonarthrose plus tôt que la moyenne.
La gonarthrose peut-elle être stoppée ou guérie ?
À ce jour, aucun traitement ne permet de régénérer le cartilage du genou détruit par la gonarthrose. La maladie est irréversible mais son évolution peut être ralentie. Perdre du poids, pratiquer une activité physique adaptée et renforcer le quadriceps sont les leviers les plus documentés pour freiner la progression et réduire les douleurs. La chirurgie (prothèse totale du genou) reste la solution ultime en cas de stade avancé.
Les infiltrations sont-elles efficaces contre la douleur au genou ?
Les infiltrations de corticoïdes soulagent rapidement les poussées inflammatoires douloureuses du genou, mais leur effet dure en général 4 à 8 semaines. Les injections d’acide hyaluronique (viscosupplémentation) visent à lubrifier l’articulation et donnent des résultats variables : certains patients ressentent un soulagement pendant 3 à 6 mois, d’autres peu d’effet. Ces traitements ne modifient pas le cours de la gonarthrose — ils réduisent les symptômes.
Peut-on faire du sport avec une arthrose du genou ?
Oui, et c’est même recommandé. Les sports à faible impact comme la natation, le vélo ou la marche nordique entretiennent le cartilage, renforcent les muscles stabilisateurs du genou et limitent la progression de la gonarthrose. En revanche, les sports avec impacts répétés (course sur bitume, sports de pivot) sont déconseillés car ils accélèrent l’usure articulaire. L’essentiel est d’adapter l’intensité et de consulter un kinésithérapeute pour un programme personnalisé.