Le genou craque au réveil. La montée des escaliers devient pénible. Ces signaux, souvent banalisés pendant des mois, peuvent trahir une gonarthrose — l’arthrose du genou — qui touche près de 10 millions de Français. Le problème : cette usure du cartilage s’installe silencieusement, et les premiers symptômes passent inaperçus jusqu’à ce que la gêne devienne franche.
Identifier les signes dès le début change vraiment la donne. Pas pour guérir (l’arthrose est irréversible à ce jour), mais pour freiner sa progression, adapter son mode de vie et éviter les poussées douloureuses à répétition. Voici comment reconnaître les symptômes de l’arthrose du genou, stade par stade.
Les premiers signes à ne pas négliger
La douleur mécanique, signe distinctif
Contrairement aux douleurs inflammatoires qui frappent la nuit, la douleur arthrosique du genou est dite mécanique : elle apparaît à l’effort et s’apaise au repos. Monter un escalier, s’accroupir, sortir de voiture — ces gestes déclenchent une gêne dans ou autour du genou. En position allongée, la douleur disparaît souvent en 15 à 30 minutes.
Ce schéma est caractéristique. Une douleur qui persiste la nuit sans raison ou qui réveille doit orienter vers une autre piste (rhumatisme inflammatoire, par exemple).
La raideur matinale courte
Un genou arthrosique se dérouille. Au lever, la raideur dure rarement plus de 30 minutes — c’est d’ailleurs ce qui distingue l’arthrose de la polyarthrite rhumatoïde, où la raideur matinale dépasse souvent une heure. Après quelques pas, l’articulation se libère progressivement.
💡 Notre conseil
Si votre raideur matinale dure moins de 30 minutes mais revient chaque matin depuis plusieurs semaines, consultez un médecin généraliste ou un rhumatologue. Une radiographie du genou suffit souvent à confirmer ou écarter l’arthrose.
Les craquements et crépitations
Ces bruits articulaires — parfois audibles, parfois seulement ressentis — correspondent au frottement des surfaces cartilagineuses abîmées. Ils ne font pas toujours mal, surtout au début. Attention toutefois : des craquements isolés sans douleur ni gêne ne signifient pas forcément arthrose. C’est la combinaison avec d’autres symptômes qui compte.
Symptômes plus avancés : quand le genou parle fort
Le gonflement articulaire (épanchement)
À un stade plus évolué, le genou peut gonfler. On parle d’épanchement de synovie : le liquide articulaire s’accumule en réaction à l’inflammation locale. Le genou prend du volume, devient chaud au toucher, et la flexion devient franchement difficile au-delà de 90°.
Ces poussées, appelées poussées congestives, peuvent survenir après un effort inhabituel (randonnée, déménagement) ou sans raison apparente. Elles durent de quelques jours à plusieurs semaines.
65%
des personnes atteintes d’arthrose du genou ont plus de 60 ans — mais les moins de 50 ans représentent 15 % des cas (Inserm)
La déformation progressive du genou
Avec les années, l’usure inégale du cartilage peut entraîner une déformation visible. Les deux formes les plus fréquentes :
- Genu varum : les jambes s’arquent vers l’extérieur (jambes en O), souvent liées à une atteinte du compartiment interne du genou
- Genu valgum : les genoux se rapprochent et les chevilles s’écartent (jambes en X), plutôt associées à l’atteinte du compartiment externe
Ces déformations ne sont pas que cosmétiques — elles modifient la répartition des charges et accélèrent l’usure.
La limitation des amplitudes articulaires
Plier ou étendre complètement le genou devient difficile, puis impossible sans douleur. Au stade sévère, certains patients ne peuvent plus dépasser 90° de flexion. Se relever d’une chaise basse, s’agenouiller, conduire longtemps — autant d’activités qui deviennent contraignantes.
⚠️ À garder en tête
Une douleur au genou soudaine, intense, accompagnée de fièvre ou d’une rougeur marquée n’est PAS un symptôme classique de l’arthrose. Ces signes peuvent indiquer une infection articulaire (arthrite septique) ou une crise de goutte — deux urgences médicales à traiter rapidement.
Comment les symptômes évoluent selon les stades
Quatre stades radiologiques, quatre réalités cliniques
La classification de Kellgren et Lawrence divise l’arthrose du genou en 4 stades, visibles à la radiographie :
- Stade 1 : pincement léger de l’interligne articulaire, douleur rare ou absente
- Stade 2 : pincement modéré, apparition des premiers ostéophytes (becs osseux), douleur à l’effort
- Stade 3 : pincement marqué, douleur fréquente, gonflement possible
- Stade 4 : pincement sévère voire disparition de l’interligne, douleur permanente, déformation, handicap fonctionnel
Attention : le stade radiologique ne prédit pas toujours l’intensité de la douleur. Certains patients avec une arthrose sévère à l’image bougent presque normalement ; d’autres souffrent beaucoup malgré un stade précoce.
Les facteurs qui aggravent ou soulagent les symptômes
| 🔴 Ce qui aggrave | 🟢 Ce qui soulage |
|---|---|
| Surpoids (chaque kilo supplémentaire = 3 à 4 kg de pression sur le genou)
Stations debout prolongées Sports à impacts répétés sans préparation Froid humide |
Perte de poids (−5 kg = réduction significative des douleurs)
Activité physique adaptée (natation, vélo, marche nordique) Port de semelles orthopédiques Kinésithérapie ciblée |
✅ À retenir
L’arthrose du genou suit rarement une progression linéaire. Les symptômes alternent entre phases calmes et poussées douloureuses. Documenter ses douleurs (fréquence, déclencheurs, intensité) aide le médecin à adapter le traitement à chaque étape.
Quand consulter et quels examens attendre
Les signaux qui doivent pousser à prendre rendez-vous
Pas besoin d’attendre d’être en fauteuil. Ces situations justifient une consultation :
- Douleur au genou qui dure plus de 3 semaines sans traumatisme identifié
- Gonflement ou chaleur articulaire inexpliqués
- Raideur qui gêne les activités quotidiennes (habillage, conduite, marche)
- Douleur qui perturbe le sommeil de façon répétée
Le bilan diagnostique en pratique
La radiographie du genou — debout, en charge — reste l’examen de référence. Elle montre le pincement de l’interligne, les ostéophytes et les déformations osseuses. L’IRM est rarement nécessaire pour diagnostiquer l’arthrose, sauf pour explorer d’autres lésions associées (ménisques, ligaments).
Une prise de sang peut être prescrite pour écarter une cause inflammatoire ou métabolique. Ce n’est pas l’arthrose qui modifie les marqueurs biologiques — ils reviennent normaux, ce qui est en soi un argument diagnostic.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les options de prise en charge une fois le diagnostic posé, notre article sur les traitements de l’arthrose du genou détaille les approches médicales et chirurgicales disponibles selon le stade.
🙋 Questions fréquentes sur l’arthrose du genou
L’arthrose du genou touche-t-elle uniquement les personnes âgées ?
Non. Si la prévalence augmente fortement après 60 ans, des formes précoces peuvent apparaître dès 40 ans, surtout après un traumatisme (fracture, rupture de ligament) ou chez les personnes en surpoids. Les sportifs de haut niveau présentent également un risque accru.
La douleur est-elle toujours présente dans l’arthrose du genou ?
Pas forcément, surtout aux stades initiaux. Certaines personnes découvrent une arthrose avancée à la radio sans avoir jamais souffert de façon notable. La douleur devient constante surtout aux stades 3 et 4.
Peut-on confondre l’arthrose du genou avec une tendinite ?
Oui, la localisation de la douleur aide à distinguer les deux. Une tendinite rotulienne fait mal juste sous la rotule, à la pression. L’arthrose donne plutôt une douleur diffuse à l’intérieur du genou, aggravée par la flexion prolongée. La radiographie tranche en cas de doute.
L’arthrose du genou évolue-t-elle toujours vers la chirurgie ?
Non. La majorité des patients gèrent leurs symptômes avec des mesures conservatrices (activité adaptée, kiné, antalgiques, infiltrations) pendant des années. La prothèse de genou n’est envisagée qu’en dernier recours, quand la qualité de vie est sévèrement altérée et que les traitements médicaux ne suffisent plus.