Le genou craque, il gonfle, il fait mal en montant les escaliers — et le médecin vient de prononcer le mot redouté : arthrose. Plus de 10 millions de Français vivent avec cette usure du cartilage, et la majorité d’entre eux ne savent pas par où commencer. Faut-il arrêter le sport ? Se faire opérer ? Prendre des anti-inflammatoires à vie ? Les réponses sont rarement aussi tranchées que les questions.
L’arthrose du genou — appelée gonarthrose dans le jargon médical — est une maladie chronique, pas une fatalité. Le cartilage qui tapisse l’articulation s’érode progressivement, provoquant des douleurs, une raideur matinale et parfois un épanchement. Mais entre la prévention, les traitements conservateurs et la chirurgie, les options restent nombreuses. Voici ce qu’on peut concrètement faire.
Ce qui se passe réellement dans le genou
L’usure du cartilage, pas juste « le vieillissement »
Le cartilage articulaire joue un rôle d’amortisseur entre le fémur, le tibia et la rotule. Quand il s’use, les surfaces osseuses se rapprochent, se frottent, et le corps réagit en produisant une inflammation locale. Ce n’est pas un simple effet de l’âge — même si le risque augmente après 50 ans. Le surpoids, les blessures ligamentaires anciennes, les métiers physiques ou la pratique intensive de certains sports accélèrent largement le processus.
La dégradation n’est pas uniforme. Elle touche souvent d’abord le compartiment interne du genou, ce qui explique pourquoi beaucoup de patients développent un genou « en varus » (jambes arquées) avec le temps.
Les symptômes qui doivent alerter
L’arthrose du genou ne se manifeste pas toujours de la même façon d’une personne à l’autre. Les signes les plus courants :
- Douleur mécanique qui s’aggrave à l’effort et s’apaise au repos
- Raideur matinale de moins de 30 minutes (au-delà, on pense plutôt à une polyarthrite)
- Craquements ou frottements à la mobilisation du genou
- Gonflement de l’articulation, parfois chaud au toucher
- Perte de flexion ou de stabilité dans les descentes
Ces symptômes évoluent par poussées. Certains patients ont des mois sans douleur, d’autres une gêne quasi permanente. L’intensité ne reflète pas toujours le stade radiologique — on voit des genoux très abîmés sur les radios chez des gens presque asymptomatiques, et l’inverse.
Comment le diagnostic est posé
Radio, IRM : ce que montrent les examens
Le diagnostic repose avant tout sur la clinique et la radiographie standard. La radio du genou en charge (debout) révèle le pincement de l’interligne articulaire, les ostéophytes (becs osseux) et la condensation de l’os sous-chondral. L’IRM n’est pas systématique — elle sert surtout à évaluer les ménisques ou à chercher une autre cause de douleur.
Le médecin classe l’arthrose en stades (de 0 à 4 selon la classification de Kellgren-Lawrence). Ce stade guide les décisions thérapeutiques, mais il ne prédit pas à lui seul la douleur ressentie.
Les traitements sans chirurgie
Médicaments : ce qui fonctionne vraiment
Le paracétamol reste le premier recours — modeste mais utile pour les douleurs légères. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène) sont plus efficaces sur les poussées inflammatoires, mais déconseillés au long cours vu leurs effets digestifs et cardiovasculaires.
Les infiltrations de corticoïdes dans l’articulation soulagent rapidement lors des épisodes douloureux aigus. Limitées à 3 ou 4 par an pour éviter d’accélérer la dégradation cartilagineuse. L’acide hyaluronique (viscosupplémentation) est plus controversé : les méta-analyses récentes montrent un effet modeste, mais certains patients en tirent un bénéfice réel sur 6 à 12 mois. Pour aller plus loin sur les aides techniques et les équipements adaptés, la rubrique Orthopédie propose des ressources utiles.
Kinésithérapie et exercice physique
C’est probablement le levier le plus sous-estimé. Renforcer les muscles quadriceps et ischio-jambiers réduit les contraintes sur l’articulation et améliore la stabilité. Des études montrent qu’un programme de renforcement musculaire bien conduit réduit la douleur autant que certains médicaments, sur 3 à 6 mois.
Les exercices recommandés pour le genou arthrosique :
- Vélo d’appartement (faible impact, amplitude contrôlée)
- Natation ou aquagym
- Marche nordique avec bâtons
- Renforcement du quadriceps en chaîne fermée (presse, semi-squats)
- Étirements doux des ischio-jambiers et du mollet
Attention : certains mouvements sont à proscrire ou à adapter. Avant de construire votre programme, lisez Arthrose du genou : quels mouvements éviter absolument ? pour ne pas aggraver l’usure articulaire.
Perte de poids et hygiène de vie
Chaque kilo en moins soulage le genou de 4 kg de pression à chaque pas — c’est le chiffre souvent cité par les rhumatologues. Pour les patients en surpoids, une perte de 5 à 10 % du poids corporel peut transformer la qualité de vie. Ce n’est pas la solution la plus simple, mais c’est l’une des plus durables.
Adapter son environnement aide aussi : éviter les escaliers quand c’est possible, utiliser une canne du côté opposé au genou douloureux, porter des chaussures absorbantes. Les orthèses de décharge (genouillères rigides) peuvent rééquilibrer les contraintes sur le compartiment articulaire le moins abîmé.
Quand la chirurgie devient nécessaire
Les différentes options opératoires
La chirurgie n’est pas la première étape, mais elle devient pertinente quand les traitements conservateurs ont été bien conduits pendant 6 à 12 mois sans résultat satisfaisant. Deux grandes options existent :
- L’ostéotomie tibiale de valgisation : on corrige l’axe du membre pour décharger le compartiment usé. Réservée aux patients jeunes (avant 60 ans), avec une arthrose localisée à un seul compartiment.
- La prothèse totale de genou : on remplace les surfaces articulaires dégradées par des implants métalliques et plastiques. Intervention fiable avec plus de 90 % de bons résultats à 10 ans, mais lourde en rééducation (3 à 6 mois).
La prothèse unicompartimentale (ne remplaçant qu’un côté du genou) est une option intermédiaire, moins invasive, possible quand l’arthrose reste localisée.
La rééducation post-opératoire, clé du résultat
L’opération ne fait que poser les bases. C’est la rééducation qui détermine la qualité du résultat final. La reprise de la marche débute généralement le lendemain de l’intervention, mais retrouver une mobilité fonctionnelle complète prend plusieurs mois. Les patients qui investissent sérieusement dans la kiné post-op s’en sortent nettement mieux que ceux qui bâclent cette phase.
Les approches complémentaires : ce qui vaut la peine
Sans verser dans les promesses marketing, certaines approches non médicamenteuses ont des données cliniques sérieuses :
- La thermothérapie (chaleur locale) sur les douleurs chroniques, la cryothérapie sur les poussées inflammatoires aiguës
- L’acupuncture : effet modeste mais réel sur la douleur à court terme selon plusieurs méta-analyses
- La thérapie cognitivo-comportementale pour mieux gérer la douleur chronique et éviter le déconditionnement par peur du mouvement
En revanche, les compléments alimentaires type glucosamine ou chondroïtine restent débattus. Les recommandations internationales divergent sur leur utilité. Si vous en prenez, faites-le en connaissance de cause — pas en espérant un miracle.
Vivre avec une arthrose du genou au quotidien
Adapter ses activités sans s’arrêter de bouger
Le piège classique : avoir mal, donc bouger moins, donc perdre du muscle, donc avoir encore plus mal. Ce cercle vicieux est fréquent chez les patients qui reçoivent un diagnostic d’arthrose. Bouger reste la meilleure chose à faire — à condition de choisir les bons mouvements et d’écouter les signaux du corps.
Une douleur qui s’estompe en moins de 30 minutes après l’effort est généralement acceptable. Si elle dure plusieurs heures ou si le genou gonfle le soir, l’activité était trop intense. Ajustez l’intensité, pas l’activité elle-même.
Anticiper les poussées et les mauvaises périodes
L’arthrose évolue par poussées — souvent déclenchées par un effort inhabituel, un changement météo (vraiment, les patients ne l’inventent pas) ou un épisode infectieux. Avoir un plan pour ces moments aide : antalgiques à portée de main, programme de kiné adapté, contact rapide avec le médecin si le genou gonfle beaucoup.
Tenir un journal de la douleur sur quelques semaines permet souvent d’identifier des facteurs déclenchants personnels — et d’agir en amont plutôt que de subir.